L’intelligence
individuelle en entreprise
Avant
d’examiner ce
que peut être l’intelligence collective, il nous
faut d’abord définir ce qu’est
l’intelligence d’un point de vue
général
pour ensuite adapter cette définition au monde
professionnel. Ceci fait, il
faut également préciser comment on peut la mettre
en évidence, la mesurer et la
valider.
Si
l’on reprend la
définition de Wikipédia, ˝L'intelligence est
l'ensemble des facultés mentales
permettant de comprendre les choses et les faits, de
découvrir les relations
entre eux. L’intelligence est également admise
comme étant ce qu'en fait elle
permet : la faculté d'adaptation.
Également l'intelligence pratique est la
capacité d'agir de manière adaptée aux
situations.˝
Dans
le monde
professionnel, la manifestation de l’intelligence collective
correspond à la
capacité d’un groupe à mettre en place
une stratégie et un plan d’action correspondant
à une situation précise.
Si
l’on part de la
théorie de l’information, acquérir,
transmettre, stocker de l’information ne
demande pas d’intelligence. Une simple
méthodologie et des outils simples
peuvent être suffisants. De fait pendant de nombreuses
années, classeurs et
armoires ont suffit pour ranger des quantités importantes
d’information.
Partant
de l’idée générale
que l’intelligence correspond à une
capacité d’adaptation, il est possible
d’en
déduire que dans le domaine informationnel,
l’intelligence est la capacité à
exploiter l’information dans un contexte en
perpétuelle évolution. Un automate
ou un système expert peuvent effectuer une mise en contexte
sur la base d’un
nombre limité de règles
d’inférence. C’est quand celles-ci ne
suffisent plus qu’il
est nécessaire de faire appel à
l’intelligence.
Par
exemple, si mon
principal concurrent augmente globalement ses prix, je fais de
même. Par
contre, s’il augmente ses prix à un premier client
mais les laisse identiques chez
un autre client les règles d’inférence
simples ne suffisent plus pour décider
de l’action à réaliser. Il faut faire
appel à un ensemble d’informations plus
vaste pour trouver une solution au dilemme cognitif. Si
le niveau du dilemme cognitif est faible,
il est possible de faire appel à des informations
collectées dans des contextes
proches, sinon il faut se fier à
l’expérience,
l’intuition… et au final à
l’intelligence
des professionnels concernés.
Fournir
un accès à
l’ensemble des informations et des contextes à des
professionnels qui
travaillent dans un même métier, une
même
société, un même secteur
d’activité
peut être un moyen de résoudre un dilemme
cognitif. Dans
l’exemple précédent,
c’est l’accès que peut avoir le manager
en charge de
la décision à un ensemble
d’informations rassemblées et mises à
sa
disposition par ses collègues ou par des
experts qui vont enrichir sa connaissance, accroître sa
capacité de
contextualisation et l’aider à prendre une
décision.
Pour
qu’elles soient
utiles, il faut que les informations mises à disposition
soient stockées avec
une description de leur contexte. La
définition du contexte dans lequel un ensemble
d’informations a été obtenu
n’est
pas chose aisée et nécessite une
réelle
intelligence. Lorsque cette opération
n’a pas été
réalisée de
manière optimale, la recherche dans des bases
d’information
peut produire un nombre important de réponses ou au
contraire un
nombre trop
faible. Dans tous
les cas, il faut trier
ces réponses qui peuvent être plus ou moins
contradictoires et ne retenir que les
éléments les plus appropriés de
manière à faciliter l’action ou la
prise
décision. Là encore, il faut faire preuve
d’intelligence.
Au
final,
l’intelligence informationnelle d’un professionnel
en entreprise se manifeste principalement
dans une ou plusieurs des activités suivantes :
- Traiter
les dilemmes cognitifs et notamment pallier aux faiblesses des
systèmes automatiques de contrôle ou de
décision,
- Associer
un contexte aux informations
- Filtrer
de manière pertinente les flux d’informations mis
à disposition.
Une
définition de l’intelligence collective
L’intelligence
collective d’un groupe est plus que la somme des
intelligences des individus
qui le constituent. En fait c’est la synergie entre les
individus qui lui donne
naissance.
L’intelligence
collective dans un groupe se manifeste par :
- La
mise à la disposition des membres d’un ensemble
d’informations,
- La
contextualisation collective en utilisant les expériences de
tous,
- La
résolution des conflits,
- L’identification
d’options et la prise de décision,
- L’action.
Il
faut une raison
d’être au groupe. Il existe et a
été créé pour
répondre à un besoin, une
situation, un stimulus. Ceux-ci doivent être suffisamment
forts et pressants
pour requérir la mise en commun
d’expériences, de ressources et de
compétences.
En effet, un groupe qui gère les affaires courantes
n’a pas a priori besoin de
faire preuve d’intelligence collective.
C’est
seulement dans
les activités de contextualisation, résolution de
conflits, identification d’options
et prise de décision que l’intelligence collective
est nécessaire. La
mise à la disposition d’un groupe d’un
ensemble
d’informations par la compilation des informations
détenues par ses membres ne
relève pas de l’intelligence collective et peut
être pris en charge par un
outil adapté.
Ainsi
un espace
collaboratif associé à un groupe de travail est
un moyen de fournir à un
professionnel de façon rapide et efficace les informations
rassemblées par ses
membres comme des éléments de contexte, des
expériences… Il n’y a rien
là qui
relève de l’intelligence collective. Ce
n’est que lorsque les membres du groupe
travaillent ensemble sur un projet commun qu’ils mettent en
œuvre des
mécanismes relevant de celle-ci.
L’action,
quand elle
est planifiée ne demande pas, elle non plus,
d’intelligence collective, mais
une simple répartition des tâches entre
les intervenants qu’elle mobilise (tu
peins, je tapisse, il nettoie).
Au final,
l’intelligence collective d’un groupe,
c’est l’ajout de la contextualisation collective
incluant la résolution des conflits et la prise de
décision collective sur la base d’options
générées en commun.
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Cela
fixé, il s’agit
maintenant de mieux définir, d’identifier les
ressources nécessaires et de mobiliser
les outils qui peuvent rendre plus efficaces ces deux composants de
l’intelligence collective.
Le
challenge de la définition et de la mise en œuvre
d’une contextualisation
collective
Individuellement
les
professionnels n’ont pas à développer
une contextualisation large de leur
environnement car elle leur est fournie par leur hiérarchie.
S’ils
s’associent pour contextualiser une
situation, le résultat risque fort
d’être ignoré ou rejeté
s’il n’est pas en ligne
avec celui de leur hiérarchie. Dans ce cas il faut beaucoup
de diplomatie pour qu’une
nouvelle contextualisation soit considérée et
acceptée.
La
contextualisation
collective parait plus facile à opérer
et à mettre en œuvre quand elle a
trait à l’innovation. Dans ce cas elle peut
n’interférer que légèrement
avec le
paradigme en place. Cependant si elle rentre en compétition
avec l’orientation du
département ou de la société ou
qu’elle demande trop de ressources le conflit
peut surgir.
D’autre
part, si le
domaine d’action de la contextualisation collective est trop
réduit, le conflit
est peu probable, mais le bénéfice
qu’elle peut apporter est aussi fort limité.
En
fait, il semble
que la contextualisation collective ne se manifeste
spontanément qu’en cas de
crise. Les bénéfices sont en chute libre, la
technologie est dépassée, le
nouveau millénaire arrive. Dans ce cas, la contextualisation
collective peut se
trouver en concurrence avec celle d’un nouveau messie qui
donne sa vision de la
situation et propose sa solution et des
conflits sévères peuvent en résulter.
Hors
des situations
de crise, il faut donc choisir soigneusement le cadre et
l’objectif de la
contextualisation collective pour espérer en obtenir des
bénéfices.
S’il
existe des limites
à la contextualisation collective, cela ne
préjuge en aucune manière la façon
dont celle-ci doit être mise en place ni des outils
qu’elle nécessite. Suffit-il
de mettre des gens qualifiés, avec différentes
expériences dans la même pièce
pour que la contextualisation collective jaillisse ? Une fois
le problème
posé, le timing et les ressources définis,
comment initier cette
contextualisation collective ? Faire un tour de table,
compiler les
contributions, faire s’exprimer les gens
pleinement ?
En
fait, la
définition d’une contextualisation collective
suppose au moins deux
éléments : confiance
réciproque et communication. La création
d’un climat
de confiance entre personnes qui se rencontrent parfois pour la
première fois
ou qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble
n’est pas immédiat, voire
difficile. Il suppose une période
d’évaluation entre les uns et les autres.
Il
faut donc créer
dès le début, même avant la
première rencontre du groupe des conditions
favorables à la socialisation, à
l’établissement d’une confiance
suffisante
pour que l’expression soit aussi libre que possible.
La
communication peut
se faire de différentes façons, synchrones et
asynchrones, d’un individu à un
groupe, d’un sous-groupe à un autre sous-groupe,
d’individu à individu et par
des médias divers : courrier, mail,
téléphone…
C’est
l’un des aspects
essentiels de la contextualisation collective, car c’est la
juxtaposition des
expériences contextuelles qui va permettre des recouvrements
permettant à tous
de percevoir la situation et d’en prendre la mesure.
Cette
nouvelle contextualisation
collective doit-elle être rendue publique,
partagée avec le reste de
l’organisation ou conservée à
l’intérieur du groupe pour
servir à la phase de décision
collective ? Si
la nouvelle lcontextualisation collective est consensuelle et ne menace
pas la contextualisation
de la direction, il peut être
préférable de la faire partager au reste de
l’organisation. Cette communication devra cependant se faire
de façon organisée
et disciplinée de manière à
éviter les rumeurs et les mauvaises
interprétations
qui ne peuvent que nuire à la nouvelle contextualisation
collective.
Eléments
constitutifs de la définition d’une nouvelle
contextualisation collective :
- La
contextualisation collective doit être un nouveau paradigme,
si possible consensuel, qui explique de façon
différente et complète la situation et
l’éclaire suffisamment pour définir des
actions possibles.
- La
contextualisation collective doit être logique et
nécessiter un minimum de suppositions et
d’hypothèses. Si hypothèses il y a, il
faut qu’elles soient identifiées et
qu’on puisse les tester lors du déroulement du
projet.
- Une
contextualisation collective sera plus facilement acceptée
si elle est une généralisation ou une extension
d’une contextualisation collective existante.
- Il
est préférable que la contextualisation
collective n’entre pas en conflit avec la contextualisation
collective générale.
- Il
faut un champion à la contextualisation collective qui
puisse la défendre au niveau supérieur et le chef
du groupe n’est pas toujours le meilleur porte-parole.
- La
contextualisation collective doit être parfaitement
documentée. Il est impératif que tous les
éléments importants qui ont servi à
l’établir soient consignés.
C’est cette traçabilité qui permettra
de la défendre.
- Il
faut que la contextualisation collective soit formulée de
façon à promouvoir
l’adhésion.
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Une
nouvelle contextualisation
collective demande un effort de documentation, d’analyse et
de créativité
important. Il est clair que ces phases demandent à
être séparées. Analyse,
communication et créativité ne vont pas de pair.
Les individus à l’esprit le
plus analytique ne sont pas les plus créatifs ni les
meilleurs communicants.
Il
faut donc évaluer
les contextualisations collectives possibles et sélectionner
celle qui répond
le mieux aux 7 éléments définis
précédemment.
La place
de la décision collective
Pour
décider, il faut
matière à décision. Souvent la
qualité de la décision dans sa
capacité à
répondre à un problème
donné dépend plus de la qualité des
options que l’on a
générées que
de la qualité du processus
de décision.
Une
fois la nouvelle contextualisation
collective définie et approuvée, que faut-il
faire ?
Analyser de façon
complète la santé financière
d’une
société ne suffit pas à
créer de nouvelles
options stratégiques…
Des
sociétés
développent tout au cours de leur existence des
réponses standard aux problèmes
courants qu’elles rencontrent. Ceux-ci peuvent être
des règles, des procédures…
Mais si la situation d’une organisation a rendu
nécessaire la fixation d’une
nouvelle contextualisation collective, il est probable
qu’aucune solution toute
faite ne répondra pas pleinement aux besoins.
Il
faut donc de
nouveau faire preuve de créativité. Comme pour la
génération de la nouvelle contextualisation
collective, il faut créer de nouvelles options, adapter des
solutions
existantes, voir ce qui se passe à
l’extérieur de l’organisation :
chez
les concurrents, dans le secteur, dans d’autres secteurs.
Il
faut que ces
solutions définies puissent être
implémentées dans un délai
raisonnable,
c'est-à-dire ne mobilisent pas des ressources humaines et
financières
inaccessibles, qu’elles soient éthiques et
acceptables par les parties prenantes.
Il est donc important de s’assurer que dans le groupe en
charge de l’exécution
de la décision, tous les groupes fonctionnels qui devront
contribuer par leurs
ressources soient représentés ou
consultés.
En
conclusion, si l’intelligence
collective est riche de promesses sa mise en œuvre est
délicate. Elle nécessite
un apprentissage des moyens, des méthodes qui lui sont
propres. Il est
préférable de procéder par pallier en
commençant par des projets simples,
limités en temps et en ressources. Cet apprentissage
permettra de développer
une approche efficace pour des projets plus complexes tout en obtenant
une
crédibilité basée sur les
succès obtenus.